Retrouver le paradis perdu22/09/2020 | Article

Il était une fois la petite île de Nauru, dans le Pacifique, dont le revenu par habitant était, dans les années 1970, le plus élevé au monde après celui de l'Arabie saoudite…

L’histoire de Nauru débute comme un conte de fées. L'exploitation du phosphate – issu de l'accumulation sur des centaines d’années de fientes d'oiseaux marins –, utilisé comme engrais par la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, apporte à la société nauruane richesse et prospérité.

Mais en quelques années, avec la surexploitation de cette manne tombée du ciel, tout disparaît : le guano, la prospérité et même… les oiseaux, dont l’habitat est ruiné. Lourdement endettée, Nauru ne doit désormais sa survie qu’à l'aide de l’Australie.

Ce récit édifiant illustre bien le caractère non durable de l'économie linéaire et de son modèle de consommation fondé sur le triptyque « extraire-fabriquer-jeter ». Ce modèle, qui repose sur l’extraction et l’utilisation sans limite des ressources naturelles, a été le fondement de la croissance économique depuis le XIXe siècle. Mais la diminution des ressources naturelles, combinée à l’augmentation de la population et de la consommation mondiale, le rend aujourd’hui caduque. Selon le Global Footprint Network, cette année, l’humanité vit à crédit depuis le 22 août : à cette date, nous avons consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer au cours d’une année. Dit autrement, il faut aujourd’hui 1,6 planète pour subvenir aux besoins de l’humanité. Et si nous ne faisons rien d’ici 2050, il en faudra 3 ![1]

Une des alternatives à cette course effrénée vers la destruction programmée des ressources naturelles est l'économie circulaire. Liée au concept du cercle de la vie et de l'énergie, l'économie circulaire suppose que rien ne vient de rien et que rien n'est jamais gaspillé. Elle consiste ainsi à optimiser nos ressources naturelles et leur utilisation, à réduire les déchets et le gaspillage.

Connaissez-vous Ad Lansink ? Dès 1979, ce néerlandais dessine l’échelle de l’économie circulaire. Pour lui, la meilleure façon d'avancer dans la circularité est de construire une hiérarchie d'options dans la production de biens et de services. Au sommet de l'échelle, la meilleure option consiste à réduire l'utilisation des ressources naturelles, voire même à éviter de les consommer. La pire est l'élimination en décharge… non réglementée.


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La recherche d'un cycle de vie durable

Dans de nombreux domaines, notamment ceux où la demande est en pleine croissance et où peu de matière recyclable existe, il paraît difficilement envisageable de ne plus consommer de ressources. Comme par exemple la voiture électrique dont la production de batteries réclame beaucoup de matière première à fort impact environnemental, une solution crédible est d’augmenter le degré d’utilisation. En clair, qu’une voiture, au lieu de passer 95% du temps dans un garage, soit utilisée par plusieurs personnes.

On peut aussi œuvrer à augmenter la durée de vie des produits : certaines entreprises expérimentent des produits pouvant se réparer eux-mêmes, comme le cuir auto-cicatrisant ou des matériaux de construction qui intègrent du sulfoaluminate de calcium pour fermer les fissures qui pourraient apparaître en cours de vie.

Une autre approche pour prolonger la durée de vie des produits est la modularité, qui consiste à créer des produits avec un nombre limité de composants standardisés et facilement séparables pouvant être remplacés, ou recombinés, pour fabriquer de nouveaux produits. Acheter un smartphone conçu pour durer longtemps devient réalité, tant il est facile de remplacer écran, batterie et autres composants lorsqu'ils se brisent ou deviennent obsolètes.

Améliorer le recyclage

Le Programme des Nations unies pour l'environnement estime que seul 1 % des éléments utilisés pour la fabrication des aimants des véhicules électriques est recyclé. Pourtant, 18 % des métaux ont un taux de recyclage supérieur à 50 %. Bien sûr, certains de ces métaux recyclés possèdent déjà un avantage économique et environnemental évident : le recyclage de l’aluminium consomme 95 % d'énergie en moins que la production d’aluminium vierge ! Il y a donc une forte incitation économique à le recycler. En Allemagne, le taux de recyclage des cannettes dépasse 99 %, ce qui prouve que c'est possible. En France, il n’atteint pas encore 60% : la marge de progression est importante.[2]

Créer la vague circulaire… et en bénéficier

En tant qu’investisseur, nous pouvons contribuer à incurver la ligne droite et investir dans les entreprises circulaires. Chez Candriam, nous les avons appelées les « transformateurs » – qui remodèlent leurs opérations et chaînes d'approvisionnement pour devenir plus circulaires – et les « facilitateurs », qui aident les « transformateurs » à atteindre cet objectif.

Si, comme nous, vous êtes convaincus que les critères ESG constituent un moteur de durabilité et de performance boursière pour les entreprises, allons plus loin ensemble : avec une économie circulaire estimée à 4,5 billions de dollars d'ici 2030[3], les entreprises positionnées sur ce secteur seront les grands gagnants boursiers de demain.

Certes, le chemin vers une économie circulaire sera semé d’embûches. Elle nécessitera de nouveaux modèles d’entreprises, une modification des comportements et des habitudes de consommation, ainsi que l'ingéniosité et l'inventivité des technologies propres. Mais si l'économie mondiale actuelle n'est circulaire qu'à environ 8 %[4], nous sommes convaincus que le changement interviendra plus tôt qu’envisagé, stimulé par le sentiment d'urgence et rendu possible par l'innovation. Personne ne souhaite que le monde entier finisse comme Nauru.

 


[1] WWF

[2] https://www.european-aluminium.eu

[3] Accenture research « Waste to Wealth: Creating advantage in a circular economy » 2015 – World Economic Forum 2019

[4] Circular Gap report 2020